Le chemin vécu par Thérèse

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France - BRETAGNE
de Thérèse, le 24-07-2007

Le chemin vécu par Thérèse

Bien installée dans un transat, sur la place de Rennes, je ferme les yeux et vois Pierre de dos sur le chemin, la coquille bien fixée sur son sac.


Ces deux semaines de marche ont commencé comme des vacances. Premier jour, il fait beau, le sac est léger. Dominique, Jean-Paul et son âne Ruban nous accompagnent et le soir, nous trouvons un bon repas chez des amis.

Le deuxième jour, gros sacs sur le dos, les muscles se réveillent après l’enkilosement de l’hiver. Les chemins sont boueux. . Heureusement, à Spézet, nous trouvons la plage dans un bistrot. Nous continuons, la chapelle St Michel de Braspart disparaît et nous passons les montagnes noires. Nous quittons le Finistère et arrivons au rando-gîte agréable de Gourin.

Le troisième jour, la marche est plus facile et des petits plaisirs s’installent : la barre de céréales , le pique-nique sous un arbre, les deux abricots secs… mais aussi arriver en haut d’une côte pour Pierre, ou en bas d’une descente raide pour moi. Arrivés au gîte d’étape du Faouët, près de la superbe chapelle Ste Barbe, on nous offre le chouchen. Nous trouvons même la force de descendre au bourg pour une pizza accompagnée d’un petit rosé.

Le lendemain, halte à la médiathèque pour mettre à jour le blog ; mais quoi écrire, impression de ne faire que marcher et portant, nous ne ressentons jamais d’ennui. Un coup d’œil aux photos des petits-fils ; c’est bon de se sentir relier aux siens. Le soir, nuit en chambre d’hôtes chicos.

Nous traversons Quimperlé mais cette cinquième journée parait interminable. Le soir, nous sommes chez Gérard et Marie-Madeleine. Grand merci à eux de nous avoir prêté leur maison, réconfortante et si joliment décorée.

Le sixième jour, la randonnée se poursuit en Pays Vannetais où de nouveaux petits plaisirs nous attendent : les premières mûres, les pruniers qui ploient sous leurs fruits et les champs de petits pois… régal sucré. A Pont-Scorff, sommes abordés par un jacquet, qui nous remet sur le bon chemin (nous avions cédé à la tentation du raccourci par la route). Le soir, auberge sympa à Insinsac-Lochrist. Je me jette sur une casserolée de pâtes, vive les glucides lents.

Au septième jour, la rando vire au pèlerinage… l’aubergiste nous tire les cartes avant de reprendre la route. Pour Pierre « je peux attendre », pour moi « l’amour ouvre les portes » et le soir même, nous attendrons 1h1/2 devant la porte fermée du gîte communal vieillot de Brec’h… C’est aussi le jour de la première ampoule pour Pierre et d’une contracture musculaire pour moi.

Le huitième jour, l’ampoule est percée et le petit anti-inflammatoire a fait son effet, nous reprenons la marche. Le chemin continue à serpenter de chapelles en fontaines, d’églises en calvaires et ce jour nous arrivons à Ste Anne d’Auray en pleine messe en plein air…. Difficile de faire abstraction du côté religieux de ce parcours .
Arrivée à Vannes, impression bizarre de retrouver la ville et ses futilités. Sensation d’être un peu déconnectés mais vite oubliée en tête à tête devant un bon plat.

Neuvième jour, pour la troisième fois, un jacquet vient nous parler. Dès le premier soir, la sœur de Michel nous avait montré son crédential rempli ; à chaque fois, cette envie de partager une expérience magnifique. Au Gorvello, reconnaissant la coquille, le patron du bar nous offre un café et l’accès à Internet. Arrivés au gîte du moulin de Tréguer , » c’est le prix que vous voulez, pour les pèlerins ». De randonneurs, nous sommes passés pèlerins.
La marche est désormais plus facile mais le « chemin » plus dur. C’est à la fois la liberté mais l’incertitude des étapes et des hébergements. Ce soir, nous profitons d’une jolie maisonnette et dînons dans un jardin, entourés de 9 chats. Le sommeil est lourd, les nuits toujours revitalisantes.

Déjà le dixième jour, nous avons perdu toute notion du temps et de l’espace ou plus exactement nous n’en avons plus la même notion. Geneviève demande ce que nous faisons à part marcher ; dormir, manger et faire des rencontres. Ce sera d’ailleurs le jour de rencontres sympas. A Limerzel, pas d’hébergement, nous passerons la nuit dans une cabane de jardin chez un couple accueillant qui nous ouvrira sa maison et nous offrira même une bouteille d’alcool de noix (dommage trop lourde).

Le onzième jour, ce sont des orthodoxes celtiques végétaliens mystiques chez qui nous passerons la soirée. Un autre monde (jusqu’aux toilettes sèches), la pauvreté peut-être, et pourtant le même monde. Cette pélerino-rando commence à faire beaucoup réfléchir et le soir venu, nous ne sommes même plus épuisés, le sommeil se fait plus léger.

Douzième et dernier jour de marche pour moi jusqu’à Redon. A l’office du tourisme, nous sommes envoyés d’emblée au gîte des pèlerins avec dortoir, accès au convent et douche froide (au sens propre comme au sens figuré). Vite, un petit restaurant indien pour se donner du baume au cœur.

Le lendemain, tiraillement entre l’envie de continuer la marche et celles de retrouver ses marques et la famille. Je laisse Pierre le long du canal de Brest à Nantes et déjà je le vois de dos avec son sac…

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